Bérénice (1670) Acte IV scène 5 vers 1103-1129 Jean Racine
Mots clés : pathétique, tragique, désunion, éloquence, tirade, fatalité, argumentation
Problématique : en quoi cette scène de rupture amoureuse repose-t-elle sur le registre pathétique et élégiaque ?
I Les effets pathétiques d’une souffrance partagée
A. L’adieu déjà regretté de Bérénice
Annonce de l’hypothèse de sens et première sous-partie rédigées
Il s’agit tout d’abord d’analyser les effets pathétiques d’une souffrance partagée. Cette scène d’adieu des amants est d’emblée présentée comme paradoxale. En effet, la séparation est regrettée par Bérénice. Certes, la jeune femme prononce assez rapidement le mot « adieu » au vers 8 qui est repris au vers 9 avec l’expression « pour jamais » mais elle ne quitte pas Titus pour autant et reste en sa présence. Elle développe ainsi sa plainte par l’intermédiaire d’interjections : « Ah » au vers 9. Pour accentuer la déploration, on retrouve l’apostrophe de « Seigneur » reprise en anaphore aux vers 12 et 24 . Sa lamentation et sa supplication appartiennent au registre élégiaque dont l’étymologie désigne l’action de dire hélas. Bérénice sollicite directement son interlocuteur par la question directe qui cherche à provoquer en Titus une introspection. Elle formule aux vers 9 et 10 une question rhétorique sous forme de supplication: « adieu (…) songez-vous en vous-même/ Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ? ». L’adieu lui est bien-sûr insupportable. La séparation est donc ambiguë car au moment où Bérénice prononce son adieu, elle manifeste des signes de regret ce qui inévitablement provoque la pitié du spectateur et accomplit la catharsis accentuée par la souffrance du personnage.
B. L’intense souffrance de Bérénice
C. La souffrance partagée par Titus
Consigne : rédigez le B et C de la première hypothèse de sens.
Pistes de réflexion
B. L’intense souffrance de Bérénice
On peut s’appuyer sur le lexique qui porte les regrets et la douleur du personnage
« Absence éternelle », « affreux », « soins perdus »
Vers 13 : le parallélisme « Que le jour recommence, et que le jour finisse » qui met en avant la monotonie désespérante des jours sans Titus
La répétition de la conjonction « pourquoi » marque le sentiment de persécution inutile et injuste de Bérénice « pourquoi nous séparer ? » et vers 27 : « Pourquoi m'enviez-vous l'air que vous respirez ? »
La douleur et l’intensité dramatique sont soulignées par les hyperboles : « mille serments » vers 3, « jamais » vers 9 et la gradation « Dans un mois, dans un an » au vers 11 ainsi que l’adverbe d’intensité « tant de mers » vers 12. Ils marquent le caractère irrévocable de la séparation qui fait tant souffrir Bérénice.
C. La souffrance partagée par Titus
Titus pressent sa destinée
tragique en exprimant la fatalité qui pèse sur lui : il prédit sa mort de
façon implacable en employant le futur : « Je n'aurai pas, Madame, à
compter tant de jours. »
De même, le vers 21 est teinté de souffrance car Titus qualifie son règne et sa future gloire de « triste Renommée ». A l’aide de cet hypallage (c’est une qualification non pertinente : c’est bien Titus qui sera triste), il suggère sa détresse d’abandonner Bérénice.
Enfin, il évoque le caractère révolu de la relation amoureuse en employant l’imparfait à la voix passive : « vous étiez aimée » vers 22.
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